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Courir c'est prendre le temps de réfléchir.

lundi 26 avril 2010

L'athlète et l'oiseau (Article scientifique extrait du site Volodalen)

Un article fort intéressant sur la casse musculaire et les conséquences. Instructif pour ceux qui préparent, au hasard, un 100 kilomètres...


Quand nous réalisons un effort, nos muscles cassent partiellement. Ce phénomène normal enclenche une reconstruction musculaire. Cette destruction du muscle est provoquée par divers causes dont la principale est certainement la contrainte mécanique exercée sur le muscle (contrainte qui peut être externe - cas d'un choc - ou interne - cas d'une tension musculaire importante liée à l'effort réalisé).


Pour estimer l'amplitude de la destruction des muscles, les scientifiques utilisent un marqueur biologique appelé CK (créatine kinase ou CPK créatine-phospho-kinase). Ce marqueur est en fait une enzyme intervenant dans les voies énergétiques et à ce titre, présente habituellement, dans la cellule musculaire. Les chercheurs mesurent la présence de cette enzyme dans le sang. Plus son taux sanguin est élevé, plus cela signifie qu'elle a fuit la cellule musculaire et en conséquence, plus on peut s'attendre à ce que la membrane du muscle soit cassée.

Alors qu'un sédentaire présente un taux de CK moyen de 100, un coureur qui dans les jours précédents à réalisé ses entraînements habituels pourra voir son taux passer à 200 ou 300. Quant à celui qui a réalisé une séance de musculation comprenant des sauts, il pourra présenter un taux de CK supérieur à 1000. Et parlons à peine des joueurs de rugby qui après un match de coupe du monde peuvent dépasser les 3000-4000. Des taux qui nous vaudraient une hospitalisation d'office lors d'une visite de routine chez notre médecin.

Nous voyons donc que les taux de CK nous renseignent, indirectement, sur l'intensité et les caractéristiques des efforts que nous avons consentis. Ils nous orientent aussi sur les récupérations à prendre afin de ne pas mettre l'organisme en danger. En effet, après une séance qui a participé à une destruction musculaire accrue, nous courrons moins vite, nous trouvons l'effort plus difficile, bref, nous sommes moins efficaces. Nous. et les oiseaux aussi.

Une équipe de chercheurs gallois (aucun rapport avec le rugby.) a mesuré les taux de CK chez des espèces d'oiseaux migrateurs : la barge rousse et le bécasseau d'Alaska. Si la barge rousse est un migrateur sur de très longues distances (avec des "migrations record"), le bécasseau d'Alaska est un migrateur occasionnel. Certains oiseaux migrent quand d'autres restent toute l'année sur leur zone d'implantation.

En deux ans d'étude sur ces deux espèces d'oiseaux, qu'ont trouvés les scientifiques ?


Effets de l'exercice


Les taux de CK sont significativement plus élevés chez les bécasseaux d'Alaska qui migrent que chez leurs congénères qui ne migrent pas.


Effets du temps de repos

Les taux de CK sont plus importants chez la barge rousse immédiatement après l'arrivée d'un vol long de 4000 à 5000 km , et diminue avant de repartir pour le vol inverse. En outre, les "trainards" qui arrivent plus tard sur le lieu de nidification et qui disposent donc de moins de temps de récupération, présentent des taux de CK plus élevés au moment du départ.



Effets de l'habileté

Les jeunes barges rousses qui réalisent leur première migration présentent des taux de CK plus élevés que les adultes.



Ces résultats indiquent que des destructions musculaires interviennent chez l'oiseau pendant la réalisation d'un effort (migration). Ces dommages sont d'autant plus élevés que l'exercice est long, le temps de repos limité et l'habileté au vol moindre. Quoi qu'il en soit, ces oiseaux ne sont pas complètement "casse-cous". Les niveaux de CK trouvés après leurs migrations restent relativement faibles ce qui laisse entrevoir des niveaux limités de destruction des muscles. Si les oiseaux se lancent dans un vol de plusieurs milliers de kilomètres, c'est peut-être aussi parce qu'ils sont adaptés ce type d'effort.


Ne trouvez-vous pas que ces "données d'oiseaux" peuvent nous fournir quelques indications sur nos manières de conduire nos entrainements et nos compétitions ?





Références

A sport-physiological perspective on bird migration: evidence for flight-induced muscle damage. Guglielmo CG , Piersma T , Williams TD . J Exp Biol. 2001;204(Pt 15):2683-90. Effect of exercise-induced muscle damage on endurance running performance in humans. Marcora SM , Bosio A . Scand J Med Sci Sports. 2007. Site internet www.oiseaux.net. Photographie de barge rousse en vol par Rémy Lecolazet (oiseaux.net). Article Volodalen écrit en 2007.

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